Théâtre

Maurice Maeterlinck et Léon Spilliaert
1901-1903

Grâce à la générosité d’Eliane Vercaempt, les trois volumes de ‘Théâtre’ de Maurice Maeterlinck, illustrés par des dessins originaux de Léon Spilliaert, font désormais partie du patrimoine public. Cette opération de sauvetage a été rendue possible grâce à une collaboration unique entre les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, la Communauté flamande et la Fondation Roi Baudouin.

Une œuvre remarquable entre dans nos collections publiques

‘Théâtre’ constitue un chef-d’œuvre incontesté. Deux ténors belges y ont contribués : Maurice Maeterlinck, Prix Nobel de la littérature (9/11/1911) et Léon Spilliaert, représentant de l’avant-garde belge au tournant des 19e et 20e siècles. Classé par la Communauté flamande, ce chef-d’œuvre était toujours en mains privées. À l’initiative des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB), une collaboration exemplaire a vu le jour afin de veiller à ce que cette œuvre majeure entre dans les collections publiques. Acquis grâce à un legs à la Fondation Roi Baudouin en faveur des MRBAB, ce ‘topstuk’ (chef-d’œuvre) de la Communauté flamande est désormais prêté à long terme aux MRBAB, qui le présentent dans le musée Fin-de-siècle, dans la salle consacrée à Léon Spilliaert.

Un trésor unique et inestimable

Regroupant l’intégralité des œuvres théâtrales de Maurice Maeterlinck, les trois précieux volumes de ‘Théâtre’, illustrés par Léon Spilliaert entre 1902 et 1903, constituent le dernier exemplaire d’une édition de 110, publiée par Edmond Deman à Bruxelles entre 1901 et 1902. Il s’agit en fait de l’édition personnelle conservée par ce célèbre éditeur qui commanda au jeune artiste belge une vision intime et illustrée de l’œuvre de Maeterlinck.

Dessins originaux de Spilliaert

À l’encre de Chine rehaussée à la plume, au crayon de couleur, à la gouache, au pastel et à l’aquarelle, Léon Spilliaert n’est pas seulement intervenu en réalisant des illustrations en marge et vignettes, mais également en exécutant un grand nombre de compositions en pleine page. Au gré de 348 dessins originaux, recouvrant souvent la typographie imprimée, le lecteur se retrouve, au-delà du magnifique pouvoir des mots de Maeterlinck, happé et envoûté par l’univers caractéristique du grand dessinateur qui montre déjà, malgré son jeune âge, une incroyable maturité artistique. Nous y voyons préfigurés les sujets caractéristiques que Spilliaert développera par la suite dans des œuvres indépendantes et de plus grands formats.

Deux artistes aux sensibilités proches

Maurice Maeterlinck est né à Gand en 1862. Poète, écrivain et auteur dramatique belge, il représente une figure majeure de la littérature de la fin du 19e et du début du 20e siècle. D’un succès dépassant les frontières nationales, ce dernier fut même comparé à l’âge de 28 ans à un ‘nouveau Shakespeare’ dans un article écrit par Octave Mirbeau pour le Figaro. Dessinateur et peintre né à Ostende en 1881, Léon Spilliaert est de quasi 20 ans le cadet de Maeterlinck. Dès les prémices du 20e siècle, son œuvre reflète une symbiose entre le symbolisme de la fin du 19e siècle et une certaine modernité expressionniste, typique de l’époque. Très proche du poète Emile Verhaeren, un père spirituel dont il fait la connaissance via l’éditeur Edmond Deman, le jeune Spilliaert est fasciné par la littérature classique et de son temps. Même s’ils ne se sont jamais rencontrés, les deux génies créatifs ont en commun cette expérience personnelle teintée de sentiments d’angoisse provoqués par la multiplicité du ‘moi’ et le monde du rêve. Si Maeterlinck exprime, pour reprendre ses propres mots, une mer intérieure, effrayante mare tenebrarum, contenue dans l’âme, Léon Spilliaert est dès ses premières œuvres empreint d’une sensibilité similaire. Sollicité par Edmond Deman, il ne pouvait qu’être inspiré et stimulé par les mots de Maeterlinck remplis de mélancolie particulière et d’effroi existentiel. ‘Inspiré, car les illustrations réalisées pour ‘Théâtre’, peuplées de personnages fantomatiques dans des univers clos, ne sont pas des reflets imagés et serviles des textes mais bien le ressenti personnel d’un jeune plasticien hypnotisé par ces chefs-d’œuvre dramatiques littéraires.

Fonds Eliane Vercaempt

‘Théâtre’, le chef-d’œuvre de Maurice Maeterlinck et Léon Spilliaert, a été acquis par le Fonds Eliane Vercaempt. Ce Fonds, géré par la Fondation Roi Baudouin, a été créé pour acquérir une ou plusieurs œuvres importantes des 19ème ou 20ème siècles pour les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

Une collaboration exceptionnelle

Ce sont les MRBAB et leur directeur, Michel Draguet, qui ont décidé de faire l’acquisition de cette œuvre vu son importante valeur patrimoniale. Grâce au financement du Fonds Eliane Vercaempt et au rôle de facilitateur de la Fondation, les trois volumes de ‘Théâtre’ de Maurice Maeterlinck illustrés par Léon Spilliaert, font désormais partie du patrimoine public. Une opération de sauvetage rendue possible grâce à une collaboration unique entre les MRBAB, la Communauté flamande et la Fondation Roi Baudouin !

Material / technique : 
Encre de Chine, pinceau, plume, crayon de couleur et aquarelle
Type of acquisition : 
Acquisition du Fonds Eliane Vercaempt
Year of acquisition : 
2022
Depository institution : 
Koninklijke Musea voor Schone Kunsten van België, Brussel